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Isaac Bashevis Singer.
Isaac Bashevis Singer est né le 21 novembre 1902 dans un petit village habité essentiellement par des Juifs, situé près de Varsovie, en Pologne. A cette époque, ce village faisait partie de l’Empire russe. Son père, Pinkas, était rabbin, descendant du Baal Chem Tov et sa mère, Bethsabée, était la fille du rabbin de Bilgoraj. Plus tard, il prendra pour pseudonyme «Bashevis», qui signifie «fils de Bethsabée» Son frère, Yeoshoua était également écrivain et sa sœur, Esther Kreitman, traduisit en yddish des œuvres de Dickens entre autres.
En 1907, la famille se rapproche de la communauté du rabbi de Radzimin et le père d’Isaac dirige la Yeshiva. Un an plus tard, lorsque la Yeshiva est incendiée, ils sont contraints de se réfugier dans un quartier pauvre de Varsovie où Isaac grandira. Dans ce quartier, le père d’Isaac assume la fonction de rabbi et c’est lui qui juge, arbitre et il devient l’autorité religieuse et spirituelle de la communauté.
En 1917, à la veille de la Première Guerre mondiale, confrontée à des difficultés, la famille Singer s’installe à Bilgoraj, le village natal de la mère d’Isaac, où ses frères avaient pris la suite de son grand-père en tant que rabbins. En 1921, lorsque son père redevient rabbin d’un village, Isaac retourne à Varsovie et entre au séminaire rabbinique. S’étant rapidement rendu compte que ni l’école, ni la profession ne lui conviennent, il retourne à Bilgoraj où il essaie de s’assumer en donnant des leçons d’hébreu. Ses parents le considèrent comme un échec et en 1923, son grand frère l’aide à s’installer à Varsovie et lui trouve un emploi en tant que correcteur dans une maison d’édition.
Singer publie tout d’abord une histoire qui remportera le concours littéraire de la «Litterarishe bletter» et il gagne rapidement la renommée d’un talent prometteur. On retrouvera le reflet de ces années de formation dans la «cuisine littéraire» selon sa propre expression, dans plusieurs de ses œuvres.
Le premier roman d’Isaac Bashevis Singer paraîtra dans un magazine littéraire qu’il avait fondé en 1935 avec son fidèle ami, le poète yiddish Aaron Zeitlin. Il y raconte l’histoire des évènements survenus dans le village de Goraj en 1648, lorsqu’un tiers de la communauté juive de Pologne fut massacrée avec une extrême cruauté lors de pogroms perpétrés par les Cosaques. Il y rapporte également les effets que le faux messie Shabtaï Tsvi eut sur la population au 17ème siècle. Son dernier chapitre est écrit dans un style imitant la chronique médiévale yddish. Comme dans la plupart des romans de Singer, les personnages sont à la merci des caprices du hasard ou des circonstances, mais plus encore de leurs propres passions, manies, superstitions et de leurs rêves fanatiques.
Dans sa triste représentation de l’innocence broyée par les circonstances, il apparaît comme l’augure de l’approche de dangers.
A la suite de la montée d’Hitler au pouvoir, en 1935, Singer émigre aux Etats-Unis pour échapper à l’antisémitisme, une fois de plus grâce à l’aide de son frère. Ce faisant, il se sépare de sa première épouse Rachel et de son fils Israël, qui choisissent de se rendre à Moscou, pour rejoindre plus tard Erets Israël.
Singer s’installe à New-York, où il commence à écrire en tant que journaliste et chroniqueur pour Le Forward, un journal en langue yddish. Après des débuts prometteurs, il se sent abattu, «perdu en Amérique» (qui deviendra le titre d’un de ses romans) Mais en 1938, il rencontre Alma Wasserman, née Haiman, juive allemande réfugiée de Munich et en 1940, il l’épouse. Avec Alma à ses côtés, il redevient un écrivain prolifique et apporte une précieuse contribution au Fordward en écrivant un grand nombre d’articles dont il se servira plus tard pour écrire entre autres «Bashevis», Varshavsky» et «D. Segal»
C’est toutefois après la mort de son frère en 1944 à la suite d’une crise cardiaque, qu’il prend une plus grande part au Fordward, quand il publie «La famille Moskat» qu’il écrit en l’honneur de son frère. Il emprunt alors un style extrêmement audacieux et mêle des intrigues outrageantes à la sainteté du judaïsme. C’est la raison pour laquelle le rédacteur en chef du Fordward, Abe Cahan, tentera de l’empêcher de continuer à écrire, mais les lecteurs exigeront qu’il continue.
Dans les années 1940, la réputation de Singer est en pleine croissance. Après la Seconde Guerre mondiale et la quasi-disparition de la population parlant le yddish, cette langue semblait être devenue une langue morte. Bien qu’ayant émigré aux Etats-Unis, Singer continuait de croire en la force de sa langue maternelle et restait convaincu que de nombreux lecteurs aspiraient encore à lire dans cette langue. Dans une interview au Encounter en février 1979, il affirma que bien que les Juifs de Pologne étaient morts «quelque chose, appelons cela l’esprit ou ce que vous voudrez, persiste encore quelque part dans l’univers. C’est une sorte de sentiment mystique, mais j’y crois».
Certains disent que les travaux de Singer sont inspirés de la grande tradition des écrivains en yddish comme Sholem Aleichem. Mais en réalité, il a plus été influencé par Knut Hamsun, (dont il a lu et traduit les écrits dans sa jeunesse) qui a donné une approche subjective à son propre monde. Mais contrairement à ce dernier, il n’a pas été uniquement marqué par l’ego de ses personnages, mais également par les engagements moraux de la tradition juive au sein de laquelle il a grandi et qui est incarnée dans les histoires de sa jeunesse.
Cela a conduit au décalage entre la vie de ses héros et celle qu’ils sentent qu’ils devraient mener. C’est ce qui donne à l’œuvre de Singer un aspect moderne qui n’existait pas chez les écrivains précédants. Les thèmes qu’il aborde, tels que la sorcellerie, le mystère, la légende, s’appuient sur des sources traditionnelles, mais ils contrastent avec une conscience moderne et ironique. Ils sont également emprunts d’excentricité et d’éléments grotesque.
Singer continue d’écrire et de publier en yddish (y compris dans des journaux) et édite ses nouvelles et ses histoires dans une version américaine, qui sera la base de plusieurs autres traductions qu’il appelle son «second original» Cela a entraîné une controverse : où trouve-t-on le «vrai Singer», dans la version yddish, avec sa langue finement aiguisée ou dans la version américaine, où le langage est plus simple et plus direct ? De nombreuses histoires et nouvelles de Singer n’ont pas encore été traduites.
Singer a publié 18 nouvelles, 14 livres pour enfants, un grand nombre de mémoires, d’essais et d’articles, mais il est plus célèbre pour les courtes histoires qui ont été publiées dans plus d’une douzaine de recueils.
Le monde de ses histoires est le monde et la vie des Juifs d’Europe de l’Est comme il a été vécu dans les villes et les villages, dans la misère et les persécutions, et est imprégné de piété et de ferveur et parfois d’une foi aveugle et de superstition.
Au bout de nombreuses années en Amérique, il fait place au monde de la vie des immigrés, à leur insertion au sein de la société américaine et à leur poursuite du «rêve américain» Les récits de Singer sont un mélange de plaisir et de souffrance, de grossièreté et de subtilité, ils sont colorés, épicés, souvent violents et parfois pleins d’humour.
L’un des thèmes principaux chez Singer, est l’affrontement entre le passé et le monde moderne, la tradition et le renouvellement, la foi et la libre pensée. Il décrit le fait que des familles ont été brisées par la nouvelle époque et ses exigences, à partir du milieu du 19ème siècle, jusqu’à la Seconde guerre mondiale et la façon dont elles se sont mesurées aux difficultés sociales, économiques et humaines.
Dans les années 1960, Singer continue de traiter des questions de moralité personnelle et est visé par de vives critiques venant de divers milieux durant cette période. Certains ne le trouvent pas assez «moral» et d’autres lui reprochent de traiter des sujets dont personne ne veut entendre parler. Il y a répondu en disant : «La littérature doit être le printemps du passé, doit s’inspirer de l’amour et de la force de l’uniforme dont il est chargé, sans se soucier de l’incertitude de l’avenir»
La relation de Singer avec la religion, est complexe. Il se considérait comme un sceptique et un solitaire, même s’il se sentait toujours rattaché à ses racines religieuses et en définitive, il s’est forgé sa propre conception de la religion et de la philosophie qu’il appelait «mysticisme privé».
Après avoir reçu le Prix Nobel de Littérature en 1978, Singer a acquis une monumentale réputation à travers le monde. "Les fantômes aiment le yiddish et, pour autant que je sache, ils le parlent tous. Je ne crois pas seulement aux démons et aux autres esprits, mais aussi à la résurrection. Je suis sûr qu'un jour, des millions de cadavres parlant yiddish se lèveront de leurs tombes, et la première question qu'ils poseront, ce sera : "quel est le dernier livre publié en yiddish ?" (Extrait du discours lors de la remise de son Prix Nobel. IB Singer est décédé le 24 juillet 1991 à Miami, en Floride.
Parmi ses livres les plus célèbres :
La famille Moskat
Le Manoir
Le Domaine
Le Magicien de Lublin
L’esclave
Shosha
Yentl (sur lequel se base le film Yentl interprété par Barbara Streisand)
Le Certificat
La Corne du Bélier
Au tribunal de mon père
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