Adhérer

Devenez membre
et acceder aux ateliers, cours, activités, tarifs préférentiels, ...
En savoir plus

Inscrivez-vous pour rester informé de toute l'actualité de votre centre communautaire.

Accueil Accueil / Blog / Contes de Hanouccah


Contes de Hanouccah


Héritage

Chose étrange, j’ai eu envie d’écrire. Et justement dans ma langue maternelle balbutiante. Depuis que j’avais quitté le foyer de mes parents, je n’avais pratiquement plus eu l’occasion de parler dans cette langue.

…Un jour, j’ai donc eu très envie d’arracher à l’obscurité, u jour, une heure, un instant de ce monde disparu.
…Mon dieu qu’il est pourtant difficile d’extraire des souvenirs rabougris, un morceau de la vie d’autrefois ! J’ai envie de les sauver…
-Les enfants, où êtes-vous ? Mendl, Avreml, Bashke, où avez vous tous disparus ? On entend depuis la boutique la voix haut perché de Maman. Où couraille t’on ainsi des jours entiers ? Venez, votre père attend avec les bougies de Hanouccah
Où pourrions nous être ? Nous nous tenons près du poêle et nous réchauffons. Déjà le jour s’achève. Il fait un peu sombre. Alors nous attendons, qu’enfin soit fermée la boutique.
Comme une coupable, maman court hors de la boutique, se justifiant pour elle-même :
-Aujourd’hui c’est pourtant un petit bout de fête et je suis encore empêtrée dans la boutique. Au moins, rassemblons les enfants pour bénir les bougies de Hanouccah.
Tous ensemble, nous entrons dans la grande pièce, où nous attend Papa.
La pièce, quoique grande, n’a qu’une toute petite fenêtre. Papa se tient dos à la fenêtre et le peu de lumière venant de l’extérieur est ainsi caché.
Nous nous tenons donc tous dans l’obscurité et attendons que le « petit bout» de lumière s’allume.
La tête de Papa est penchée au-dessus de la lampe de Hanoucca.
Sur le mur sombre, va et vient l’ombre de Papa, comme si un autre père errait à la recherche de quelque chose sur le mur. Quand sa tête se tourne d’un côté, l’argent sombre de la lampe de Hanoucca lance une étincelle. Comme une lune endormie, elle se dévoile, là où elle était déposée, dans son coin, cachée de tous.

La lampe de Hanoucca est petite, presque une babiole. Mais, que de choses gravées sur sa minuscule paroi d’argent !
Au milieu — deux lions aux têtes excitées, gueules ouvertes et de leurs pattes dressées, ils soutiennent les Tables de la Loi déployées. Des Tablettes vides, sans une seule lettre, mais d’elles se diffuse une clarté, comme si elles étaient bourrées de Torah.
Autour des lions — des plantes. Fleurissent comme dans un véritable paradis. Des arbustes avec des raisins et simplement des fruits cueillis de l’arbre. Une paire d’oiseaux est visible au travers des branches. Et même un grand serpent rampe.

Des deux côtés du paradis se tiennent, comme montant la garde, deux petites cruches d’argent, minuscules mais avec des petits ventres bien remplis, pour qu’il ne manque pas d’huile au paradis. Et pour que les yeux des lions et des oiseaux soient pleins de lumière se trouve sous eux, une passerelle. Divisée en huit petits godets qui n’attendent que le moment où une flamme s’échappera d’eux. Les blanches mains de Papa tournoient autour des godets. De l’un — Papa commence avec le premier — il tire une toute petite mèche, renverse la petite cruche et verse une goutte d’huile dans le petit godet. La mèche immergée s’imbibe d’huile, devient molle et blanche, presque comme une bougie.

Papa fait une bénédiction et allume la « bougie ». Une seule bougie. Papa n’effleure même pas les autres petits godets. Les sept restent là, comme s’ils étaient superflus, vides et froids.
Ce n’est pas du tout festif avec cette seule et unique bougie allumée. Cela saisit le cœur. Comme si, à Dieu ne plaise, c’était une bougie de
« yortsayt » (bougie de commémoration allumée à la date anniversaire du décès d’une personne).
Sa flamme si petite qu’on aurait pu l’éteindre d’un seul souffle. Aucun reflet ne tombe de la bougie sur le sol sombre. Même le muret du paradis n’est pas entièrement éclairé. Des deux lions, un seul reçoit un peu de chaleur d’en bas, l’autre ne sait même pas que quelque chose brûle à côté de lui.

Mes parents, mes frères se sont dispersés. Alors je m’approche de la petite lumière, je voudrais la redresser, étirer sa mèche, peut-être sa flamme deviendra-t-elle plus claire. Mais il n’y rien que les mains puissent saisir. Je me brûle les doigts. La flammèche brûle presque évanouie, scintille, ne cesse de trembloter. Voilà qu’elle va s’éteindre ! Elle s’escrime afin de s’élever au moins une fois vers le haut, d’arriver à lécher un raisin de la paroi d’argent, de réchauffer une patte du lion gravé.

Et soudain, tombent de la bougie, l’une après l’autre, d’épaisses gouttes de suif, elles bouchent le petit trou du godet et étouffent encore davantage la petite flamme. La petite bougie commence à fumer, barbouillent de fumée le bois de la fenêtre.

Une nouvelle salissure grise s’étale sur les taches qui sont restées sur la fenêtre depuis Hanoucca de l’année passée. Toutes ces taches luisent au-dessus de la tête de la petite bougie orpheline, luisent presque davantage que la bougie elle-même. Et quand on allume le grand lustre, il éteint de sa grande lueur le dernier souffle de la bougie.

Pourquoi les bougies de Shabbat de Maman sont-elles hautes et grandes ? Et mon immense Papa lui il bénit une minuscule petite bougie de Hanoucca ?

Texte de Bella CHAGALL

Bella Chagall Son nom était Bella ROSENFELD – Chagall Elle est née en décembre 1895 à Vitebsk et morte à New York en 194. Elle est surtout connue pour être l’épouse de Marc Chagall, celle qu’il a si souvent représentée, en mariée, en jeune fille, volant avec lui , transportés dans les airs, sur ses tableaux. Elle venait d’une famille de bijoutiers ; bien plus riche, que la famille de Marc… Son père était un Loubavitch et il a laissé sa fille étudier au lycée de jeunes filles de Vitebsk puis à l’université à Moscou.Ce qu’on ne sait pas c’est qu’elle était aussi une écrivaine. Et après sa mort, en 1946 C’est Marc Chagall lui-même qui fit éditer ce livre « Lumières allumées, brenendike likhter » , livre écrit dans sa langue maternelle , leur langue maternelle à tous deux, le yiddish. Chagall l’a lui même illustré.

Le Hanouka de Nathan Sharansky

Jeté en prison en 1977 pour avoir osé demandé à émigrer en Israël, Nathan (Anatoly) Sharansky passa huit ans au Goulag en Sibérie. Ce génie en mathématiques fut finalement libéré lors d’un échange de prisonniers entre l’Union Soviétique et les Etats-Unis en 1986. Après avoir longtemps joué un rôle important en Israël, il vient d’abandonner toute activité politique.
Hanouccah approchait. J’étais le seul Juif dans ma prison, mais quand j’expliquai à mes codétenus que Hanouccah symbolisait la liberté d’une nation, la renaissance d’une culture face à des envahisseurs puissants et cruels, mes camarades décidèrent de célébrer la fête avec moi. Ils confectionnèrent même une Menorah en bois, la décorèrent et trouvèrent quelques bougies.
Le soir, je pus allumer la première bougie et récitai une courte prière que j’avais inventée pour l’occasion. On servit du thé et je décrivis le combat héroïque des Maccabim pour sauver leur peuple. Chaque Zek (prisonnier du Goulag) qui m’écoutait avec attention ressentait personnellement l’importance de cet épisode. A un moment, l’officier de garde apparut, procéda à l’appel de tous les détenus présents mais ne fit aucun commentaire.
Chaque soir, je pus ainsi allumer une bougie supplémentaire avec ma prière si personnelle. Puis j’éteignais les bougies pour les réserver pour le soir suivant car je n’en disposais pas d’autres. Gavriliuk, le gardien dont la paillasse se trouvait face à la mienne, regardait et grommelait : «N’importe quoi ! II se croit à la synagogue ! Et si jamais un incendie se déclarait ?»
La sixième nuit de Hanouccah, les autorités confisquèrent mon matériel sous prétexte que le chandelier avait été confectionné avec du bois volé à l’état. De plus, les autres prisonniers prétendaient que les risques d’incendie étaient énormes.

J’insistai : il n’y en avait plus que pour deux jours et je promettais de «rendre à la glorieuse Mère Russie» ce morceau de bois qui menaçait sans doute de l’acculer à la ruine… L’officier de garde hésita, téléphona à son supérieur bref mit en branle toute la bureaucratie soviétique — et reçut la réponse suivante : «Un camp n’est pas une synagogue et nous n’autorisons aucun Zek à prier ici !»
Outré par la sécheresse de cette remarque, je déclarai une grève de la faim. J’ignorai qu’une commission devait venir de Moscou pour inspecter le camp, ce qui explique sans doute pourquoi je fus convoqué, le dernier jour de Hanouccah, dans le bureau d’Osin, le commandant.
Cet Osin était un homme énorme, gonflé, avec des yeux minuscules perdus dans une masse de graisse. Tout ce qui l’intéressait semblait être la nourriture mais aussi les intrigues et le pouvoir. Il aimait voir souffrir les Zeks mais ne perdait pas de vue que ceux-ci étaient la clé de l’avancement de sa carrière.
Osin me toisa d’un regard qui se voulait bienveillant pour me persuader de cesser ma grève de la faim, sans doute pour ne pas avoir de problème avec sa hiérarchie. Il me promit de veiller dorénavant à ce que personne ne m’empêche de prier.

– Alors quel est le problème ? rétorquai-je. Rendez-moi ma Menorah et laissez-moi allumer les dernières bougies de la fête !
– Qu’est-ce qu’une Menorah ?
– Mon chandelier.

Le problème était que les documents concernant ce terrible vol de la propriété publique avaient déjà été signés et Osin ne pouvait se ridiculiser devant tout le camp. Tandis que je regardais ce prédateur, assis de l’autre côté d’une élégante table vernie, j’eus une idée amusante : «Pour moi, cette dernière nuit de Hanouccah est très importante. Je pourrais allumer les bougies ici, maintenant, je réciterai les prières et je cesserai ma grève de la faim !»
Osin réfléchit un instant puis… la Menorah confisquée apparut comme par hasard sur la table. Il ordonna à Graviliuk d’apporter une grande bougie.

«J’ai besoin de huit bougies !» affirmais-je sans sourciller (de fait il m’en fallait neuf avec le Chamach mais j’ignorai à l’époque tous les détails du rituel). Gavriliuk prit un couteau et tenta de couper la bougie en huit. Mais son couteau n’était pas très efficace ; alors Osin sortit de sa poche un magnifique canif et coupa prestement huit morceaux de bougie.

«Partez !» ordonna-t-il à Gavriliuk. Celui-ci ne pouvait qu’obéir, mais il me jeta un regard furieux.

Je disposai les bougies, pris mon chapeau sur la patère à manteau tout en expliquant à Osin que : «Durant la prière, vous devez avoir la tête couverte et, à la fin, vous répondrez Amen !»
Docilement, il mit sa casquette d’officier et se leva. J’allumai les bougies en récitant une prière que
j’avais moi-même rédigée en hébreu : «Béni sois-Tu, Eternel notre Dieu pour m’avoir permis de fêter notre libération, la fête où nous retrouvons les traditions de nos pères. Béni sois-Tu D.ieu qui me permet d’allumer ces bougies. Puisses-Tu me laisser allumer ces bougies de 1-lanouccah dans ta ville sainte Jérusalem, avec mon épouse Avital !»
Inspiré par le spectacle réjouissant d’un Osin au garde à vous devant mes bougies, je rajoutai en hébreu : «Que vienne le jour où tous nos ennemis — tous ceux qui aspirent à notre destruction — se tiendront respectueusement devant nous, écouteront nos prières et répondront : Amen !»
– Amen ! répondit Osin en écho. Soulagé, il reprit son souffle, s’assit et ôta son couvre-chef. Ensemble nous avons longuement contemplé en silence les bougies qui brûlaient. Puis leurs bouts fondirent et la cire se répandit joyeusement sur la surface vernie de la table. Osin se reprit comme s’il se réveillait brusquement et appela Graviliuk pour qu’il nettoie.
Je retournai à la baraque dans un état d’extase impossible à décrire. Mes camarades me servirent du thé et ensemble nous avons célébré la «presque» conversion d’Osin : à ce moment-là, je sus avec certitude qu’un jour je serais libéré !

Recette de Hanouccah

-2 œufs bien battus
-1 1/2 verre de jus d’orange, yaourt ou lait
-2 verres de farine
-1 cuillère à café de levure chimique
-1 pincée de sel
-1/4 1/2 verre de sucre selon le goût
-3 pommes moyennes, pelées et grossièrement
-Huile végétale pour friture
-Sucre glace

Mélangez les œufs avec le jus d’orange, le yaourt ou le lait dans un bol.
Dans un autre bol, mélangez la farine, la levure, le sel et le sucre. Ajoutez ce mélange au bol des œufs avec les pommes râpées. Chauffez un mince fond d’huile. Cuire environ deux minutes chaque côté ou jusqu’à être légèrement doré.
Egouttez sur du papier absorbant, saupoudrez avec du sucre glace et servez. Copyright Joan Nathan

Découvrez la langue et la culture Yiddish avec l’atelier Tshaynik, tous les lundi à 16h30

 

 

 

 

 

 


Partager

Facebook Twitter


Paru le :
Mardi
8 décembre 2015